Ce livre, si on ne me l'avais pas offert, je ne l'aurais jamais lu.
Parce que je me tiens toujours bien loin de l'actualité littéraire, des livres qu'on met en vedette sur les gondoles avec des bandeaux "prix Renaudot, Goncourt et autres", qu'on estampille comme des cigares cubains, et qui sont sans doute de très bons livres mais qui me semble à moi n'être que des étincelles, des opérations commerciales.
Si je finis des fois par tomber dessus, dix ans plus tard, c'est parce que justement, ils ne sont plus marqués comme "fantastiquement bons et donc à lire absolument pour en causer dans les salons", qu'ils sont redevenus anonymes, et qu'alors si je les apprécie, ce n'est que pour les mots et le contenu et pas parce que je le dois!
Celui là, un ami me l'a offert pour Noël, parce qu'il savait que j'aime lire, qu'il n'y connais rien... et qu'il s'est gentiment fait guidé par la libraire à qui il a demandé conseil. Rien que ça, ça me donne envie de le lire ce bouquin, dont on parle partout pourtant!! Rien que pour l'effort fait pour moi!
Bon, revenons à nos moutons!
La liste de mes envies, c'est l'histoire de Jocelyne, mercière à Arras, la ville la plus morne et la plus grise du monde (je tiens a dire que ce n'est pas de moi, je suis du Nord aussi, alors, je ne juge pas!!).
Jocelyne a une vie tranquille, pas folichonne, mais tranquille et heureuse. Elle est mariée à Jocelyn (oui, ça s'invente pas!! Encore que moi j'ai bien une cousine Florence mariée à un Florent!) qui lui a fait 3 enfants, enfin deux, la petite dernière étant morte née. Il lui a d'ailleurs beaucoup reproché, Jocelyn, d'avoir tué ce bébé dans son corps, comme si elle était responsable. Elle avait cru mourir aussi, le perdre et puis finalement la vie a repris sont cours, et Jocelyne a retrouvé une sorte de petit bonheur tranquille, fait de beaux moments quotidiens.
Et puis, un jour, avec les coiffeuses de la boutique d'à côté, elle joue au loto, sans y penser, laissant la machine choisir les chiffres pour elle. Et puis elle oublie.
Et soudain, la nouvelle tombe, le grand gagnant habite à Arras.
C'est Jocelyne!
Mais ça personne ne le sais.
Elle même ne veut pas vraiment le savoir.
Et si tout cet argent bouleversait sa vie? cette vie minuscule, mais qu'elle aime profondément quand même!
Et si l'argent pourrissait tout?
Oui, elle pourrait enfin offrir la voiture, l'écran plat et les DVD de James Bond dont rêve Jocelyn, mais rien ne serait plus jamais pareil...
Alors, elle se tait.
Elle ne va pas déposer le chèque, pour ne rien perdre, pour conserver ce bonheur simple et pourtant précieux qu'elle a déjà, même avec un grille pain en fin de vie.
Elle sait que cet argent va lui pourrir la vie si elle en parle, elle le sent. Et pourtant, malgré toutes ses précautions, sa vie bascule, à cause de l'argent? ou parce qu'elle l'a tu?
Bien écrit, court, concis, je l'ai lu en une journée, parce que l'histoire de cette femme m'a touchée, particulièrement peut-être. Parce qu'on rêve tous, quelque part, de gagner au loto et de changer notre petite vie tranquille en quelque chose de plus grand et de plus excitant.
Les critiques parlent d'un livre léger, moi, j'ai trouvé ce livre triste, très triste même. Une tristesse latente, constante et belle, qui émeut, sans sensiblerie pourtant qui ne vous laisse pas dépressif et désespéré, mais plutôt heureux de votre sort. (En revanche, je conseille aussi d'avoir un ami, un amoureux, à prendre
dans ses bras juste après, pour se raccrocher à quelque chose
d'important, de concret et de fort et pour se dire, que notre vie, même pas toujours rose, n'est pas si triste.)
Même si ce n'est pas vraiment un coup de coeur, c'est un beau livre, délicat. Qui n'est pas qu'une opération marketing.....
Il mérite son bandeau "coup de coeur de libraires"!!

J'ai aimé la justesse, la simplicité du livre, du personnage...
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